Accompagner l’accession des écosystèmes d’innovation à l’Europe : un enjeu fort dans le cadre de la Phase IV de labellisation des pôles de compétitivité français

L’ambition européenne occupe une place prédominante dans le renforcement des pôles de compétitivité français et l’expansion de leurs activités vers l’international. A l’heure du lancement de la Phase IV de labellisation des pôles de compétitivité, leur insertion dans les projets et les écosystèmes européens d’innovation est aujourd’hui la condition sine qua non de leur réussite et de leur rayonnement international. Avec 10,6% des financements obtenus, la France se situe en 3ème position des États bénéficiaires du programme Horizon 2020 pour la recherche et l’innovation derrière l’Allemagne (15,3%) et la Grande-Bretagne (14,4%) (source). Ces chiffres, en baisse depuis 1998, traduisent un intérêt fort d’insertion dans les projets et les l’écosystèmes européens d’innovation des acteurs français mais également de vraies difficultés d’accès et des marges de progression.

Se positionner à l’Europe, une opportunité à saisir par les pôles de compétitivité français

« L’accession des écosystèmes français à une dimension européenne est aujourd’hui la condition de leur rayonnement international. [...] Les pôles, à travers notamment leur relation avec leurs homologues européens, ont un rôle central à jouer pour accompagner cette nécessaire mutation. » Cahier des charges de l’appel à candidatures pour la labellisation des pôles de compétitivité, publié par Ministère de l’Économie et des Finances, le 29 juillet 2018

Se positionner à l’Europe représente une réelle opportunité à saisir par les pôles de compétitivité et leurs membres : l’Europe (et l’international) est source de retombées multiples qui ne se limitent pas à l’aspect financier et leur permet d’ancrer leur action dans le temps. Ainsi, l’Europe peut offrir :

  • De nouvelles sources de financement pour les pôles eux-mêmes : actions de coopérations transrégionales, de coopérations trans-sectorielles, de prospection groupée à l’international, développement de l’excellence et aussi participation à des projets d’innovation/recherche en directe.
  • De nouveaux guichets de financement pour les projets d’innovation des membres des pôles, pour des projets principalement collaboratifs mais pas seulement, notamment dans le contexte actuel de réduction des fonds FUI, et sa disparition prochaine avec la création d’une enveloppe unique dédiée aux projets collaboratifs.
  • Un accès privilégié à de nouvelles compétences, technologies, et marchés : s’insérer dans les réseaux européens et développer des partenariats durables décuple les opportunités de développement des membres, autant sur la dimension marché (l’accès à de nouveaux marchés et clients à l’export, et/ou un positionnement en tant que leader sur les marchés existants ou émergents) que sur la dimension technologique (accès à des ressources et compétences externes non maîtrisées par le pôle et adhérents grâce à de nouveaux partenaires).
  • Un rôle institutionnel au niveau français ou Européen permettant de renforcer l’accès à des informations de forte valeur ajoutée.
  • Une visibilité à l’internationale et un rayonnement accru pour le pôle de compétitivité et son écosystème, en positionnant le pôle de compétitivité sur l’échiquier européen en tant qu’acteur de référence dans son domaine d’expertise.
  • Une source d’excellence en travaillant avec et en se comparant à d’autres clusters européens : échanges de bonnes pratiques et d’expérience, veille des évolutions et amélioration de la performance des pôles de compétitivité français.

Les stratégies possibles pour les pôles de compétitivité

Si le cahier des charges de la phase IV de labellisation insiste sur l’importance « de faire émerger davantage de projets collaboratifs européens, notamment dans les appels à projets d’Horizon 2020 (puis de son successeur, Horizon Europe) », notre sentiment est que les chemins sont multiples pour favoriser l’accession des écosystèmes des pôles à une dimension européenne.

En effet, la voie la plus classique est d’accompagner les adhérents des pôles vers les financements européens, et notamment les appels à projets H2020. Le Programme Horizon 2020 regroupe les financements de l'Union Européenne (UE) en matière de recherche et d'innovation et s’articule autour de trois piliers : l’excellence scientifique, la primauté industrielle et les défis sociétaux. Décriés pour leur complexité et la longueur processus de soumission des propositions, ces fonds restent relativement difficile d’accès et peu attractifs pour les PME. Souvent dans l’incapacité d’être coordinateur, faute de ressources, les PME se cantonnent au rôle de partenaire, qui présente le double désavantage de limiter son implication dans le pilotage stratégique du projet, et d’être souvent contraint de « monter à bord » d’un consortium existant. C’est sur cette dimension que le pôle peut apporter le plus de valeur ajoutée, par sa capacité de mise en relation qualifiée à l’échelle européenne.

On comprend ainsi assez rapidement les limites d’une stratégie reposant uniquement sur l’accompagnement de ses membres. L’effet réseau reste le principal levier des pôles de compétitivité, la clé de voute qui conditionne ses performances dans ses autres missions, et notamment ses missions d’ « usines à projets » et d’ « usines à produits ». Le pôle de compétitivité doit donc réussir à inscrire l’accès à l’Europe comme priorité dans sa feuille de route et développer cet effet réseau à l’échelle européenne, et notamment par la mise en place de partenariats durables avec d’autres clusters européens, et l’insertion dans les réseaux européens liés à l’innovation et sectoriels.

  • La plateforme européenne de collaboration des clusters, coordonnée par inno TSD, offre un accès privilégié aux derniers appels à projets publiés et facilite la recherche de partenaires avec plus de 800 clusters enregistrés.
  • La Commission Européenne conduit une politique forte et volontariste à l’égard des clusters à travers le programme COSME. Par l’organisation régulière d’événements d’envergure (B2B, C2C) ainsi que les appels à projets de type Cluster Go international, European Strategic Cluster Partnerships for Smart Specialisation Investments, les opportunités de nouer des partenariats avec d’autres clusters européens sont multiples. Toutes ses initiatives concourent à la visibilité et au rayonnement du pôle et donc de la filière, du territoire, et de ses adhérents.

Une autre voie possible pour les pôles de compétitivité est de s’intégrer dans des projets de type « Cascade Funding », ou plus formellement Support Financier pour des Tierces-Parties (FSTP) : mécanisme de redistribution mis en place par la Commission Européenne pour soutenir les PME, start-ups, scale-ups dans leurs projets d’innovation et de croissance. Les pôles de compétitivité trouvent ainsi toute leur place dans ce type de mécanisme, comme tiers de confiance pour la promotion et la distribution des fonds. L’utilisation du Cascade Funding par la Commission Européenne a le vent en poupe : pour preuve, sur la thématique TIC - LEIT ICT 2018-2020, on observe un recours quasi-systématique du Cascade Funding à l’image de l’initiative NGI - Next Generation Internet, et des DIH - Digital Innovation Hub. La place des clusters dans ce cadre, même si elle n’a pas encore été précisée par la Commission Européenne, devrait demeurer importante dans le futur programme Horizon Europe, successeur d’Horizon 2020.

L’exemple d’Aerospace Valley : le pôle de compétitivité spécialisé dans l’aéronautique, l’espace et les systèmes embarqués et basé à Toulouse et Bordeau, rayonne à l’échelle mondiale grâce à sa stratégie d’insertion dans les projets européens. Labellisé gold, Aerospace Valley participe à 8 projets Horizon 2020 et en coordonne 1. Aerospace Valley coordonne ainsi NEPTUNE, un projet INNOSUP dans le domaine des industries de la croissance bleue, dans lequel inno TSD est également partenaire sur le volet impact.

Enfin, les fonds de type INTERREG, financés par le FEDER sont aussi à explorer. Le progamme INTERREG permet aux pôles de compétitivité d’œuvrer à la coopération interrégionale, en particulier sur les thématiques relatives à la croissance et à la recherche et l’innovation. Ce type de financement accompagne les pôles dans des démarches de benchmarking, visites/formations et la mise en place d’accords autour de projets de co-investissements.

L’Europe, pierre angulaire d’un modèle économique durable pour les pôles de compétitivité ?

Donner une ambition européenne aux pôles de compétitivité est essentiel à la fois pour la pérennité de leurs activités, mais également pour assurer leur rayonnement à l’international. Ce tournant vers l’Europe, porté par la Phase IV des pôles de compétitivité, ne doit pas rester lettre morte et doit permettre l’accélération de l’insertion des pôles dans le paysage européen de la recherche et de l’innovation.

Si l’Europe offre clairement des opportunités pour les pôles de compétitivité, elle soulève aussi beaucoup de questions, et plus particulièrement autour du retour sur investissement :

  • Quels modèles économiques sont adaptés à un renforcement de la présence des pôles dans l’échiquier Européen ?
  • Quel type de partenariat inter-clustering faut-il mettre en place ? Comment exploiter la notion de « tiers de confiance » à l’échelle Européenne ?
  • Comment financer l’accompagnement des entreprises, membres des Pôles, à l’Europe ?
  • Quelles synergies peut-on créer avec les Régions, chef de fil sur le sujet Européen ?
  • Comment profiter des plateformes sans autant négliger les contacts en directs ?
  • Quelles mesures d’impact et de suivi monitoring faut-il choisir ? Et quels coûts associés ?

Il sera certainement nécessaire pour les pôles de penser en termes de coopération et mutualisation : par exemple à l’échelle Bruxelloise, investiguer les possibilités de partager des ressources et/ou de nouer des partenariats avec les réseaux et associations de filières existants, ou avec les Régions d’ancrage, souvent déjà largement investies sur la problématique européenne.

Vu la complexité du sujet, réfléchir et établir une stratégie, une feuille de route et un modèle économique clair sur leur ambition européenne est un prérequis indispensable à la réussite des pôles, et à l’accession des écosystèmes français à une dimension européenne.

Clémence Rottee, Consultante inno TSD

Marc Pattinson, Gérant inno TSD

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