Labellisation des pépinières d'entreprises : un outil au service de l'amélioration des prestations proposées

Les pépinières d’entreprises jouent un rôle déterminant dans le développement économique des territoires en soutenant les créations d’entreprises et d’emplois. Généralement financées par les intercommunalités, elles proposent un hébergement en centre d’affaires à un tarif attractif avec des services et animations adaptées aux jeunes entreprises et un accompagnement régulier. Ces différents éléments sont indispensables et l’offre des pépinières à cet égard est très inégale. Une action volontariste doit être engagée, notamment par les régions, afin d’encourager l’amélioration des prestations offertes.

Les pépinières d’entreprises en France

Les pépinières d’entreprises sont apparues aux Etats-Unis au début des années 80 sous l’impulsion de grands groupes privés qui voyaient dans l’accompagnement de start-up l’une des clefs du développement de nouvelles technologies par la création dans un cadre protégé, sécurisé mais stimulant. Le concept a essaimé à travers l’Europe et s’est adapté à chaque pays. En France, les acteurs publics se sont approprié ce concept pour soutenir le développement économique territorial. Les premières pépinières françaises étaient prioritairement tournées vers l’insertion économique (en zones urbaines sensibles) et la reconversion de sites industriels.

Ce concept a ensuite évolué au cours des années 90 pour aboutir en 1997 à la norme « Activités des pépinières d’entreprises ». Les pépinières d’entreprises sont devenues des structures destinées aux jeunes entreprises qui répondent à 3 missions :

  • Un hébergement des jeunes entreprises à des conditions préférentielles (souvent de l’ordre de 20 à 25% en deçà des prix du marché) : une pépinière est avant tout un outil immobilier.
  • Des services de types centre d’affaires et des animations de vie, de réseau, permettant de sortir l’entrepreneur de l’isolement, de l’orienter vers les bonnes personnes ressources et de lui donner les moyens de construire l’avenir de sa société.
  • Un accompagnement régulier (en moyenne sur une base trimestrielle), qui assure un suivi du projet, renforce sa dynamique et réduit le risque d’échec (on estime qu’un accompagnement permet au taux de succès d’atteindre près de 70% à 5 ans contre 50-60% sinon).

On recense aujourd’hui environ 400 pépinières d’entreprises en France. Véritable outil immobilier de proximité, elles permettent un maillage fin du territoire national : le rayon d’action d’une pépinière est limité en temps de trajet à environ une demi-heure.

Créées en général à l’initiative des EPCI, elles peuvent aussi bénéficier de financements régionaux pour les impératifs de construction ou de fonctionnement.

Une dilution du concept de pépinière ?

Aujourd’hui, de nombreuses structures ne respectent ni dans l’esprit, ni dans le fascicule de services, les 3 missions essentielles des pépinières. Cela peut s’expliquer par un manque de connaissance du concept, mais également par les contraintes budgétaires croissantes pesant sur les collectivités et chambres consulaires :

  • Baisse de la taxe pour frais de chambre qui finance les Chambres de Commerce et d’Industrie (qui étaient très impliquées dans l’animation de pépinières),
  • Mise en place de la loi NOTRe ayant entraîné un arrêt des financements des Conseils départementaux, baisse des dotations aux collectivités, etc.

Dans un contexte de raréfaction des financements disponibles, les acteurs peuvent être incités ou contraints à privilégier une rentabilité immobilière au détriment de l’investissement dans le développement économique futur.

La dilution du concept de pépinière est également renforcée par l’émergence ou le développement d’offres immobilières proches : incubateurs et couveuses (centrés sur l’émergence et le développement des projets de création), hôtels d’entreprises (qui ciblent les entreprises plus matures), hôtels de soft landing (pour accompagner l’arrivée de nouvelles entreprises, filiales d’entreprises étrangères), les tiers lieux (espaces de co-working, fabs labs…), etc.

Ces différentes structures sont des solutions immobilières principalement publiques destinées à accompagner le développement des projets et entreprises ou tout simplement, l’initiative citoyenne. Elles participent ainsi de ce que l’on appelle le parcours résidentiel des entreprises, qui vise à disposer de solutions immobilières qui soient adaptées à l’évolution de l’entreprise (incubation / pépinière d’entreprises / hôtel d’entreprises / ZAE ou centre d’affaire privé). Ce parcours, permet également d’assurer la bonne complémentarité entre chacun des outils.

Pour une implication renforcée des réseaux de pépinières et des régions sur le développement d’une offre de qualité

Le manque de lisibilité et d’harmonisation sur ce qu’est une pépinière et ce qui fait son succès, est dommageable pour l’ensemble des structures et pour le concept de pépinière en lui-même. Un concept qui a pourtant fait ses preuves. Cela favorise une offre peut compréhensible qui fait du tort aux créateurs d’entreprises, comme aux collectivités qui financent les pépinières.

Il devient donc essentiel de s’assurer que les pépinières d’entreprises respectent les missions socles qui sont au cœur de leur vocation et de favoriser une évolution des compétences et des services par l’adoption des meilleurs pratiques qui existent, pour se rapprocher au plus près de la norme « Activités des pépinières d’entreprises » voire de la dépasser pour quelques pépinières d’excellence.

Un engagement de toutes les parties prenantes est essentiel :

  • Une action volontariste des réseaux régionaux de pépinières d’entreprises sur la diffusion des bonnes pratiques.
  • Un engagement des EPCI sur le financement des fonctions d’accompagnement et d’animation, qui sont essentielles pour les créateurs.
  • Il devient essentiel que les Conseil régionaux s’impliquent dans ces dispositifs afin de mettre en place un cadre lisible et assurer une homogénéisation des pratiques vers les meilleurs standards.

Le rôle des régions est en particulier fondamental. La norme AFNOR définit un socle commun qui ne permet pas de refléter toutes les potentialités des pépinières, ni de différentier les pépinières autrement que « dans la norme » / « non dans la norme ». Le développement de labels régionaux constitue à cet égard un levier d’action tout particulièrement important afin d’assurer une homogénéisation des pratiques et un développement de la qualité de l’offre.

Les régions, en tant que leader du développement économique des territoires doivent ainsi se réapproprier ces outils. Leur intervention en appui au financement de l’investissement à réaliser est utile, mais dans le contexte d’une offre déjà très développée, cette intervention doit être complétée par une action de pilotage globale de la performance de ces outils.

Un exemple, le label Bourgogne Franche-Comté développé par inno TSD

En 2016, la nouvelle Région Bourgogne Franche-Comté a missionné inno TSD pour l’accompagner dans la création d’un label à attribuer aux structures d’accompagnement et d’hébergement existantes ou futures. L’objectif était d’impulser une dynamique de création et de croissance des entreprises, en particulier dans les 5 secteurs d’avenir de la Stratégie régionale de Recherche et d'Innovation pour une spécialisation intelligente (RIS 3).

Dans le cadre de cette étude, inno TSD a préconisé une labellisation à 3 niveaux des pépinières, et proposé la définition d’une stratégie régionale d'accompagnement des pépinières pour leur permettre de monter en compétence et d’être ainsi labellisées. Cette politique de labellisation des pépinières est unique en France, et se met en place concrètement par un dispositif d’aides de fonctionnement incitatives conseillé par inno TSD.

Jean-Charles Minier, Directeur inno TSD Ouest

Benoît Masquin, Consultant sénior inno TSD

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